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Excuse #4: Remettre en question le début du récit

Première mouture. Relecture. Corrections. Ces mots n’avaient aucune réalité pour moi avant de me lancer dans l’écriture de roman. Ils ne faisaient pas partie du rêve. Ce rêve qui racontait avec quel naturel et quelle facilité les textes qui avaient besoin d’exister se bousculaient pour être écrit par un auteur, quel qu’il soit, par un auteur qui pouvait être moi. Alors je me suis mise à l’écriture de ce projet sur lequel je réfléchissais depuis déjà pas mal de temps. Et là, j’ai commencé à tâtonner. À douter. À me chercher. Dans la pratique, j’ai fait la découverte d’une écriture moins simple que dans mon rêve, mais pas moins exaltante et j’étais un peu déstabilisée par ce paradoxe. Je prenais du plaisir à écrire, mais je n’étais pas du tout satisfaite de ce que j’écrivais. La tonalité. Voilà ma grande obsession du moment. Ma voix. Celle de mon personnage, de mes personnages, n’allait pas de soi. Alors j’ai relu tout ce que j’avais écrit jusqu’à lors et j’ai décidé de tout recommencer. Deux fois. Et sans m’en apercevoir, je me suis alors lancée dans un cercle vicieux et infernal qui m’a amené à me perdre, encore plus sûrement, dans les méandres de mes doutes. Mais il y avait plus grave, car en m’enlisant ainsi dans cette quête de tonalité (certainement très égotique en plus) j’étais en train de tuer mon plaisir! En ne m’autorisant pas à avancer dans mon récit, j’usais l’enthousiasme que j’avais pour mon histoire. Je me bloquais délibérément sur la même portion de récit et mon exigence m’astreignait à recommencer, à chercher encore, jusqu’au dégoût. Jusqu’au découragement. Avec un peu de recul, j’ai pris conscience de l’importance de la création d’une première mouture, une base de travail sur laquelle, ensuite, mon exigence pourrait s’exciter autant qu’elle le voudrait. Car il ne s’agit pas de rejeter l’exigence, qui reste malgré tout nécessaire, mais elle n’a juste pas sa place dans cette phase du début d’écriture particulièrement fragile aux jugements (cf Excuse#1: je n’ai aucun talent). Pour se lancer et surtout pour conserver son ardeur au travail, l’écriture a besoin de liberté, d’enthousiasme et de joie. Peu importe si le résultat n’est pas encore à la hauteur de mes attentes. “Chaque chose en son temps” comme dirait ce grand sage. Le texte a besoin de mûrir, de s’approprier l’histoire dans son intégralité avant de passer à la phase de relecture et de retravail. Cette erreur a bien failli avoir la peau de mon roman. Une nouvelle forme de Résistance qu’il était nécessaire de déjouer pour continuer d’avancer.

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« Summer » de Monica Sabolo

Aujourd’hui je voulais vous parler de « Summer » de Monica Sabolo. Un roman à l’atmosphère inquiétante et envoûtante. Un polar des profondeurs qui remue la vase du Lac Leman pour découvrir le secret sur la disparition de Summer, jeune fille énigmatique de 19 ans.

Ce qui m’a attiré vers ce roman? Son autrice, découverte lors d’un entretien dans la Grande Librairie. J’ai tout de suite apprécié sa façon de s’exprimer à la fois intuitive et réfléchie. Une sensibilité à la Nature qu’elle explore dans plusieurs de ses romans comme si elle tirait le fil d’une pelote qu’elle ne voudrait pas lâcher, persuadée qu’il va la mener à un trésor. Dans cette quête, je me suis sentie invitée à la suivre. Comme si j’avais l’opportunité de faire un bout de chemin avec une amie.

Le résultat de cette première rencontre s’appelle « Summer ». Le choix de ce prénom-saison reflète parfaitement la profondeur de ce roman. Une saison qui évoque le soleil, les vacances et l’insouciance. Une saison beaucoup centrée sur les apparences. C’est le moment d’exposer son corps en maillot suivant les injonctions de notre société à incarner la femme parfaite. Monica Sabolo nous décrit cette saison là: éblouissante, lumineuse, terriblement vivante. Mais elle s’aventure bientôt derrière les apparences. Là où le soleil se transforme en chaleur moite. Où l’eau qui ruisselle sur les corps devient filet de sueurs froides entre les omoplates. Et c’est dans cette dualité, dans cette ambivalence que la créativité de Monica Sabolo me semble exprimer pleinement sa voix, distincte et poétique. Elle ne se contente pas de porter la beauté, même si elle sait lui donner le plus beau des écrins, mais s’attaque aussi aux facettes plus dures. Elle cisèle son texte pour laisser émerger les failles, les souffrances cachées.

Du point de vue de l’écriture:
Je vous partage cette lecture car il me semble qu’elle a déverrouillé quelque chose dans mon âme d’écrivaine. Une façon d’écrire plus ample, une autorisation à être plus connectée à mon intériorité, libérée de je ne sais quoi. Alors j’ai tenté de mettre les mots sur cette découverte du point de vue de l’écrivaine, en tentant d’identifier plus clairement ce qui m’a plu:
– J’ai découvert un univers sémantique d’une ampleur que je ne pensais pas possible et c’est une véritable découverte. Cette liberté dans le choix des mots et leur association toute personnelle tisse un univers unique, très réel.
– Les métaphores sont omniprésentes et choisies avec une justesse qui m’a percuté à plusieurs reprises. J’ai compris que la force de la métaphore dépend de cette connexion profonde à ce qui anime l’auteur au moment d’écrire son texte.
– Au-delà de cela, j’ai aussi été captivée par les descriptions. Toujours d’une grande poésie, elles tirent leur force d’une intelligence perceptive envoûtante. Les associations de mots sollicitent les cinq sens et m’ont emporté dans un tourbillon sensoriel à la fois puissant et rassurant. Cette sensorialité matérialise le décor et ancre profondément le récit dans une réalité qui exprime une sensualité palpable.
– On dit souvent qu’un bon personnage doit être réaliste et je suis assez convaincu de cela. Pourtant, les personnages de « Summer » tirent leur singularité du fait qu’ils sont plutôt fantasmés. Ils ne cherchent pas à être réalistes car ils existent dans une réalité autre et c’est ce qui fait leur force.
– J’ai aussi reçu la confirmation que l’ambivalence, les faux-semblants et la complexité des apparences constituent une thématique qui me touche et m’anime personnellement.

Au moment où j’écris cet article, je suis en pleine lecture de « Eden » le nouveau roman de Monica Sabolo qui confirme mon affinité avec l’univers particulier de cette autrice. Je vous en reparle certainement très bientôt.

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Portrait en filigrane

Elle existe quelque part, entre fantasme et réalité. À ce jour, elle se matérialise sous la forme d’une silhouette envoûtante qui se découperait dans l’embrasure d’une porte entrouverte. Je la devine, mais ne peux la voir encore dans son entièreté et c’est peut-être ce qui entretient pour moi le mystère depuis tant d’années. De loin, pourtant, je pense que certains sauraient la reconnaître. Elle dégage une aura particulière, paradoxale, complexe. Son intériorité lui assure une indépendance qui effraie. S’ils savaient. Elle a tellement besoin d’eux pour exister. La différence, c’est qu’elle tient debout sans personne et ça, c’est souvent perçu comme dérangeant. Elle intrigue aussi. Car elle détient un pouvoir magique, unique et envié. Celui de faire parler les mots. De les faire vibrer. Ils sont ses messagers. Elle les apprivoise et ensemble, ils expriment une vérité. Certains la traitent d’intellectuelle, d’autres d’originale. Elle fait tache dans l’univers bien ordonné dans lequel on nous intime de nous ranger. Son monde à elle est peuplé d’une multitude d’idées éclectiques, illogiques, sensibles. C’est un univers chaotique, mais elle s’y sent chez elle. Entourée de ces mots, de ces textes qui lui parlent, parfois la bousculent ou bien la consolent. Elle seule a la patience d’attendre, de comprendre, d’entendre si les mots sont disponibles et comment ils souhaitent participer à la danse de l’instant présent. Car parfois, ils se rebellent, farouches opposants à une exigence de résultat qui ne les concerne pas. Je dois rendre ce texte. Mais pour les mots, le « devoir » n’existe pas. Elle le sait. Elle entame alors une approche, experte, sans brusquerie ni complaisance. Sa sensibilité en bandoulière, elle laisse s’épancher ses émotions pour attendrir les mots récalcitrants. Devant tant de vulnérabilité, ils n’ont d’autre choix que de se laisser attraper. Et ensemble ils œuvrent. Elle est la muse et la résistance. Elle est le canal et la source. Elle est l’écrivaine tapie tout au fond de moi et qui se révèle, un jour à la fois.