La magie des mots – S. Freud

“Au commencement des temps, les mots et la magie étaient une seule et même chose.”
Sigmund Freud

Le pouvoir des mots est parfois sous-estimé, pour le meilleur et pour le pire. Je trouve inspirant de faire attention aux mots que l’on emploi au quotidien, car je suis persuadée qu’ils participent activement à créer notre réalité. À partir de là, on peut alors profiter de ce pouvoir pour embellir sa vie et utiliser les mots comme des incantations magiques capables d’exaucer tous nos voeux ! Belle semaine à tous…

Changement de cap

Ami écrivain, amie écrivaine,

Comment vas-tu ? J’espère que ta semaine s’est bien passé, malgré le confinement. Est-ce qu’elle a été créative ? Pour ma part, il semble que cette situation ait eu un impact plutôt positif sur mon travail. Ces conditions particulières m’ont poussé à m’organiser différemment et cela a sans aucun doute influencé ma décision de revoir entièrement mon projet de premier roman ! Je crois qu’un tel changement de cap nécessitait une prise de recul que cet isolement forcé a favorisé ! Car cela faisait plusieurs semaines que j’avais la sensation que mon projet mûrissait dans ma tête, bien au-delà du travail d’écriture que je continuais à fournir. Je sentais confusément qu’un élément important me manquait pour comprendre pourquoi je me sentais éternellement insatisfaite de la direction que je prenais dans mon récit. Et c’est lors d’une discussion avec un ami, que l’information a commencé à faire son chemin : les événements de ma propre histoire, dont je m’inspire pour créer celle de mon roman, ne sont peut-être pas aussi révolus que je le pensais ! Après réflexion, ce passé apparaît encore étroitement lié à mon présent et dans ces conditions, difficile pour moi de prendre le recul nécessaire à la création (Voir mes résistances pour lacher le réel). Je suis à la fois l’auteur et le sujet de mon histoire. Une situation complexe et peu propice à l’élaboration de mon projet, comme si je m’efforçais de construire sur un sol encore mouvant. Cette prise de conscience à fonctionné sur moi comme un déclic et une décision inattendue s’est alors imposée à moi : mettre le projet en stand by. Tu me diras, c’est quand même dommage de suspendre l’écriture de mon roman alors que je n’ai jamais eu autant la paix pour l’écrire! Pourtant ce n’est pas ce qui me préoccupe au au moment de prendre cette décision, mais plutôt ce doute très dérangeant qui subsiste : est-ce que je ne suis pas juste en train de succomber à une nouvelle résistance ? Est-ce que j’abandonne définitivement ce projet ? C’est possible, je n’ai aucune certitude. Mais à ce stade, il est devenu essentiel pour moi de tenter de faire la distinction entre persévérance et obstination. Depuis plusieurs mois, j’ai persévéré, mais ce nouvel éclairage me pousse à faire preuve d’une plus grande flexibilité. D’essayer autre chose, au risque de me tromper. J’ai décidé de suivre cette intuition qui me dit de laisser à cette histoire plus de temps et d’espace, de la laisser respirer, et moi avec. Est-ce que cela veut dire que je n’écris plus ? Que j’ai renoncé à mon rêve ? Certainement pas. Car depuis le début de cette aventure créative, j’ai trois projets bien identifiés dans ma tête, trois balises sur le chemin que je me suis tracé pour me lancer en tant qu’écrivaine. J’ai donc jugé qu’il pouvait être plus avisé de redistribuer les cartes afin de changer l’ordre de création de mes projets. J’ai soigneusement rangé toutes mes notes relatives à ce « premier » projet, et sortis le carnet où j’avais rassemblé celles pour le deuxième. Et depuis lundi, je travaille à ce nouveau projet. Un projet qui n’a rien à voir avec ma propre histoire et qui m’offre enfin la liberté que je ne connaissais pas de tout inventer… ou presque. Car les premières bribes de cette histoire me sont apparu en rêve, il y a déjà plusieurs années. Il a d’ailleurs été très étonnant de voir le reste de l’histoire se révéler cette semaine, au cours de l’écriture du scénario qui m’a occupé ces derniers jours. J’ai eu le sentiment de faire l’expérience de déterrer un trésor comme dans une fouille archéologique, partant de ce qui affleurait en surface pour découvrir ce qui était encore enterré, comme le décrit Stephen King dans « Écriture, mémoire d’un métier ». Cette première semaine m’a donc plutôt conforté dans mon choix, mais les débuts sont toujours enthousiasmants, alors je vais éviter de crier victoire trop vite. Surtout que comme tu le sais, l’écriture d’un roman est une course de fond alors, je reste concentrée. Qui vivra verra. Et toi ? Ca t’est déjà arrivé d’arrêter un projet en cours de route ? De le reprendre plus tard ?

Le virus et la gazelle

Salut à toi, ami écrivain, amie écrivaine,

La semaine dernière, je te parlais d’insécurité de créer, celle qui vient de l’intérieur. Cette semaine, nous sommes tous confrontés à une autre sorte d’insécurité, qui dépasse l’enjeu de la création et vient interroger l’ensemble des êtres humains que nous sommes, sur notre capacité à accueillir nos peurs, au sens large. Le coronavirus est-il un danger réel pour moi? Je n’en ai aucune idée. Mais ce dont je suis certaine, c’est qu’il est une de mes peurs et voilà une partie de la réalité que je peux déjà prendre en compte et pour laquelle je n’ai besoin d’aucun expert. Entre la légitimité de la peur et celle du danger il n’y a qu’un pas et j’ai parfois l’impression que nous confondons un peu les deux et y perdons notre capacité d’action. Et si nous commencions par accueillir la peur ? À l’origine, sa fonction est essentielle, celle de nous alerter d’un danger afin de nous empêcher de mourir. Mais à lui laisser trop de place, la peur peut aussi très vite nous empêcher de vivre ! Alors comment retrouver le chemin de la sérénité? Comme souvent, la nature nous montre pas mal d’exemples de comportements adaptés. Celui qui me vient en tête, est celui de la gazelle. La savane est un environnement sauvage, peuplé de prédateurs, et la gazelle sait qu’à tout moment, un guépard peut apparaître avec une rapidité fulgurante pour essayer de la croquer. Elle doit vivre avec ce danger potentiel constant pourtant, quand on la regarde vivre, elle semble plutôt calme et sereine. Comment fait-elle ? La gazelle est un parfait exemple de résilience. Elle a développé la capacité à vivre dans l’instant présent, qui lui permet non seulement de profiter des moments de calmes, qui ne manquent pas, mais aussi de pouvoir se mobiliser en une fraction de seconde pour s’enfuir à toute vitesse lorsque le danger se fait réel. Elle vit dans la confiance de sa capacité à réagir le moment venu afin de pouvoir vivre sa vie. En ces temps troublés où notre sérénité d’être humain est malmenée, je nous souhaite a tous de pouvoir nous inspirer de la gazelle afin de retrouver confiance en notre propre discernement et surtout en notre capacité d’affronter l’adversité si dorénavant elle devait nous toucher personnellement. En attendant ce jour, qui n’arrivera peut-être pas de si tôt, prenons le temps de nous reconnecter au moment présent pour continuer à vivre et à créer.
Belle semaine d’écriture!